Le principe qu’il faut graver : la marge se calcule hors taxes
La TVA que vous facturez ne vous appartient pas — vous la collectez pour l’État. Celle que vous payez à vos fournisseurs vous est remboursée par déduction. Votre marge, la vraie, se lit donc uniquement en montants hors taxes : prix de vente HT moins coûts HT.
Dit comme ça, c’est évident. En pratique, c’est l’erreur de calcul la plus répandue chez les créateurs : un devis pensé en TTC, une marge estimée sur l’encaissement bancaire, un prix « rond » fixé toutes taxes comprises sans regarder ce qu’il reste une fois la TVA reversée. Et l’erreur ne pèse pas pareil selon les taux qui s’appliquent à vos achats et à vos ventes — c’est là que les métiers divergent.
Le bâtiment : on achète à 20 %, on facture à 10 %, 5,5 %… ou sans TVA
Une entreprise de travaux jongle en permanence entre quatre situations de facturation :
- 20 % — le taux normal : construction neuve, travaux sur locaux professionnels, logements achevés depuis moins de deux ans, et la plupart des gros équipements ;
- 10 % — les travaux d’amélioration, de transformation et d’entretien dans les logements achevés depuis plus de deux ans ;
- 5,5 % — les travaux de rénovation énergétique (isolation, pompe à chaleur, chaudière performante) et les travaux qui leur sont indissociablement liés ;
- Sans TVA sur la facture — TVA autoliquidée — la sous-traitance en autoliquidation : la facture porte la mention obligatoire « Autoliquidation » : le sous-traitant facture hors taxe au donneur d’ordre, qui autoliquide lui-même la TVA.
Le taux réduit n’est jamais automatique : il dépend de la nature exacte des travaux et de l’âge du logement, et il se justifie — une mention certifiée sur le devis ou la facture engage le client sur les conditions du taux réduit. Se tromper de taux, c’est devoir la différence à l’administration, sur votre marge.
Pendant ce temps, côté achats, tout ou presque entre à 20 % : matériaux, location d’engins, carburant. L’asymétrie est donc structurelle — on déduit à 20 % ce qu’on collecte à 10 % ou 5,5 %. Conséquence directe : une entreprise de bâtiment est souvent en crédit de TVA, c’est-à-dire que l’État lui doit de l’argent. C’est confortable fiscalement, mais dangereux en trésorerie si le crédit dort au lieu d’être demandé en remboursement — et douloureux entre le paiement des fournisseurs TTC et la récupération de la TVA.
Le restaurant : on achète à 5,5 %, on vend à 10 % — le piège inverse
Le restaurateur vit la situation exactement opposée. Ses achats alimentaires entrent majoritairement à 5,5 % (produits bruts, la plupart des denrées). Ses ventes sortent à 10 % pour la consommation sur place et la vente à emporter destinée à une consommation immédiate — et à 20 % pour les boissons alcoolisées.
Il collecte donc structurellement beaucoup plus de TVA qu’il n’en déduit. Chaque service fait entrer en caisse de l’argent dont une part significative n’est pas à lui. Le piège n’est plus le crédit qui dort : c’est l’illusion de trésorerie. Le compte bancaire semble confortable entre deux échéances… jusqu’à la déclaration de TVA qui réclame d’un coup ce qui a été collecté. Beaucoup de difficultés de trésorerie en restauration ne sont pas des problèmes de rentabilité — ce sont des TVA collectées et déjà dépensées.
La même règle, deux disciplines opposées
Dans les deux métiers, la marge se pilote HT — mais la discipline de trésorerie n’est pas la même. Au bâtiment : suivre son crédit de TVA comme une créance, demander les remboursements sans attendre, sécuriser les taux réduits par les bonnes mentions, et intégrer l’avance de TVA sur achats dans le besoin en fonds de roulement de chaque chantier. En restauration : isoler chaque semaine la TVA collectée sur un compte ou dans le prévisionnel, comme si l’argent était déjà parti — parce qu’il l’est. Et ventiler correctement la caisse entre 10 % et 20 %, l’administration y regarde de près.
C’est aussi pour cela qu’un tarif de tenue comptable « au forfait unique quel que soit le métier » doit éveiller la méfiance : la TVA d’un maçon et celle d’un restaurateur ne se surveillent pas avec les mêmes réflexes.
Questions fréquentes
Puis-je appliquer 10 % sur tout un chantier si une partie relève du 20 % ?
Restaurateur : la vente à emporter est-elle toujours à 10 % ?
Comment savoir si mon prix de vente couvre vraiment ma marge cible ?
Article à jour en août 2026. Les taux cités relèvent des règles générales en France métropolitaine ; de nombreuses situations particulières existent (DOM, cas mixtes, conditions des taux réduits). Cet article ne remplace pas un examen de votre dossier.